10

janvier

2022


communiqué

La certification a pour objet l’analyse des processus mis en œuvre, l’organisation et les effets des
actions pour les personnes accompagnées. Cette démarche a du sens si elle encourage l’hôpital, les
soignants et les praticiens à s’améliorer, dans une démarche collective et participative centrée autour du patient. Elle a du sens si c’est pour pousser les équipes vers le haut, pas pour sanctionner…

Il s’agit de décrire, par le biais de procédures institutionnelles basées sur une analyse documentaire –
dont le modèle de rédaction est assez ésotérique – le fonctionnement d’un service, les modalités de
réalisation d’un soin, le parcours d’un patient… Tous ces documents, qui devraient être produits et
travaillés au fil de l’eau, le sont souvent plus ou moins à la va-vite un peu avant l’heure de l’examen. Plutôt que d’examiner la vraie vie de l’hôpital, les experts analysent une situation maquillée à la hâte, qui débouchera sur une notation qui permettra à l’établissement de poursuivre ou non son activité

À l’issue de ce diagnostic partagé, les points à valoriser sont mis en avant et les éléments d’amélioration précisés. Un plan d’amélioration continue de la qualité de l’accompagnement est élaboré. Il doit être suivi et communiqué régulièrement aux professionnels et aux personnes accompagnées. Comment partager le diagnostic de pénurie de personnel en fermant les yeux sur le nombre de postes vacants en y intégrant la Qualité de Vie au Travail comme élément fondamental ? Comment analyser l’injonction paradoxale de toujours faire plus avec moins en rajoutant sans cesse des procédures qui vont être analysées sur pièce par des experts de salon ?

Déjà, hors crise sanitaire, les équipes manquent cruellement de temps sanctuarisé pour réfléchir et
organiser leur travail. La crise sanitaire n’a fait qu’aggraver ceci : les professionnels croulent sous les
heures supplémentaires, et la fuite PM et PNM, qui avait commencé avant la crise, s’est acutisée au point de faire exploser nombre d’équipes. Depuis deux ans, l’hôpital a bousculé la réglementation pour s’adapter et assurer la prise en charge maximale des patients COVID et non-COVID : de l’ouverture en catastrophe de réanimations « éphémères » sans passer par les arcanes des dossiers d’autorisation à l’explosion du nombre d’heures supplémentaires. Des services et des hôpitaux ferment, non pas à cause du Père Fouettard de la certification, mais à cause du défaut d’attractivité et de mesures de fidélisation des professionnels de santé, qui quittent le bateau en masse. Des patients sont déprogrammés et redéprogrammés par milliers, parce que l’hôpital public a craqué mais cet élément essentiel de qualité des soins n’est pas intégré dans la certification HAS. Le système de santé tout entier est pris en défaut de soins à la population.

Comment, dans ce sens, et malgré nos signalements répétés à la DGOS, a-t-on repris les certifications

Comment le processus d’accréditation par le Cofrac pour les laboratoires de biologie médicale n’est-il pas supprimé ? Il s’agissait pourtant d’un engagement du Ministre de la santé dans le cadre des mesures de simplification du Ségur ? N’y a t-il pas un pilote pour protéger les biologistes noyés plus que jamais en ce début 2022 par les tests PCR et qui sont sur le pont sans relâche depuis plus de deux ans.
Décidément ce gouvernement est hors sol. En laissant filer l’épidémie - les conséquences dramatiques sur la pseudo-continuité scolaire qui étaient pourtant parfaitement prévisibles – il essaie de faire croire aux Français et à lui-même que la crise est en train de se terminer, et qu’à l’hôpital, nous avons tout loisir de préparer « un peu » de paperasserie pour montrer que le travail est bien fait.

Au-delà de l’affichage ministériel et élyséen d’un « hôpital qui a tenu quoiqu’il en coute » et d’une
« réussite du Ségur », la vérité, démaquillée, c’est que les professionnels sont débordés par une activité clinique qu’ils n’arrivent plus à faire correctement. Ils aspirent à une seule chose : pouvoir reprendre un peu de leur souffle et retrouver le sens et les valeurs de leur mission de soins.
Ce n’est pas avec du mépris pour l’investissement des professionnels de santé depuis deux ans et depuis bien plus longtemps qu’on les gardera à l’hôpital.

Nous demandons la suspension immédiate de tout audit Cofrac et de toute procédure de certification HAS V2020 tant que la tension hospitalière n’est pas levée.

Nous demandons des mesures d’attractivité et de fidélisation pour les professionnels de santé : mesures immédiates (pour les PH : bonification des 4 ans d’ancienneté perdue lors de la création de la nouvelle grille, ouverture des chantiers du temps de travail et de la permanence des soins, démocratisation de la gouvernance hospitalière) et une vision à moyen et long terme pour une refonte en profondeur du système de santé.

APH attribue la note « E » au gouvernement pour cette absence d’anticipation et pour les engagements qu’il n’a pas tenus. APH rappelle qu’en période de crise sanitaire tous les moyens devraient se focaliser sur la nécessité de protéger celles et ceux qui sont au front non seulement face au Covid mais également face à tous les autres problèmes de santé de nos concitoyens. Merci à nos gouvernants et à nos administrations de les laisser remplir leur mission de soin plutôt que de courir après une carotte appelé certification ou accréditation...